La forces des liens faibles [être seul dans le noir] Imprimer

Le calendrier 2011-12 du centre d’artistes Action art actuel est constitué de 5 expositions sous le commissariat général :
La force des liens faibles [être seul dans le noir].

La programmation se compose d’artistes visuels œuvrant notamment avec le tissu urbain, l’art infiltrant et relationnel :

Patrick BEAULIEU (Transfriable) | Opérations de pertes | 01-09 au 01-10-2011

Didier COURBOT | Et Hop | 13-10 au 12-11-2011

Virginie LAGANIÈRE et Jean-Maxime DUFRESNE | Le Royaume |
19-01 au 18-02 2012

Otto KARVONEN | God’s Country | 01-03 au 31-03-2012

Nurri KIM | Feeder | 24-05 au 23-06-2012


La force des liens faibles
[être seul dans le noir]

La période de la Guerre Froide est résolument bien derrière nous. Ce régime générait des craintes planétaires, façonnant des paranoïas collectives basées principalement sur des principes idéologiques et des questions de géopolitique. Perçu de nos jours, cela relève quasi de la science fiction. Depuis, les échanges économiques et les relations politiques se sont considérablement modifiés à notre époque de postmodernité et de néo-libéralisme, la chute du mur de Berlin en illustrant une étape déterminante. De surcroît les technologies de l’information et de la communication ont radicalement transformé nos vies et les rapports de société. Néanmoins ces dernières années auront été façonnées de moments d’incertitudes constants à tout égard tant à l’international qu’au niveau local et individuel. Le grand moment de stupeur aura été, on s’en rappellera le 11 septembre 2001. Depuis les actualités nous assaillissent d’événements de plus en plus médiatisés traitant de catastrophes naturelles, des déclins irréversibles de l’environnement, de crises économiques, de détournements de fonds monétaires, de corruptions politiques, d’abus de pouvoirs par nos politiciens et nos gardiens des lois, de banques qui font de gros profits par toutes sortes de détournements au détriment des épargnants. Ces désordres récents s’accompagnent d’une certaine constance; ils se manifestent de façon inter-reliée tant à l’échelle locale qu’au niveau international. L’insécurité des gens augmente au rythme de leur gronde, et ce pour des raisons souvent similaires aussi bien dans l’ensemble des pays occidentaux que pour ceux en voie de développement. Parmi tout cela, que sont devenues les zones essentielles de confort, celles qui assurent à l’individu un bien être, une tranquillité psychologique[1]? A qui se vouer? Vers qui et vers quoi se retourner en cas de situation de crise?

Il y a des décennies que l’on ne s’en remet plus à la religion bien qu’elle se soit fortement dogmatisée; la politique semble tout aussi faire défaut, l’économie capitaliste ne semble plus être la seule valeur sûre, la science n’arrive plus à répondre pas plus qu’à parer à tous les maux. Les familles sont devenues nucléaires. There's No Place Like Home… nous clamait une chanson du film de Victor Fleming The Wizard of Oz suite au périple initiatique de Dorothy. Le micro, la petite échelle de l’habitat, de la maison, du quartier sont-ils toujours des endroits de « confort » pour se re-trouver dans notre société hypertexte? Selon l’urbaniste Francois Ascher « les liens (sociaux) sont également beaucoup plus « faibles » qu’autrefois, plus fragiles aussi. En revanche, il est plus facile d’en produire des nouveaux. C’est « la force des liens faibles ». Le tissu social constitué par les liens sociaux contemporains change ainsi de texture… Il est de plus en plus fait d’une multiplicité de « flls » très fins, de toutes natures, qui ne lui donnent pas moins de solidité, mais beaucoup plus de finesse et d’élasticité [2]. Peut-on dès lors affirmer que les institutions traditionnelles telles la famille, la religion ou les institutions politiques sont également devenues protéiformes avec la modernisation de la société, qu’elles nous atteignent autrement?

Les lieux, les sites qui étaient autrefois au cœur de la conception du principe de la zone de confort doivent-ils être revisités? Y aurait-il possibilité de les réactualiser, voire de les redéfinir dans un contexte de mondialisation, de métropolisation de notre environnement immédiat?

Si nous nous retrouvions seul dans le noir… Vers qui nous dirigerions-nous? Comment réagirions-nous? Vers quoi nos pensées se porteraient-elles?

Le regroupement des pratiques artistiques que nous tentons, s’interrogent à partir de ces nouveaux paradigmes qui façonnent l’individu. À leur façon idiosyncratique, ces pratiques sont sensibles aux interrelations de tout ordre, à la constitution de la sphère publique, à ce qui de l’intime s’expose, se transige mais surtout se partage tout en tentant de se préserver.

Stéphane Bertrand
Commissaire invité

http://www.action-art-actuel.org



[1] Définition de confort, dictionnaire Le Robert
[2] François Ascher, Les nouveaux principes de l’urbanisme, Édition de l’Aube, La Tour-d’Aigues, p.46, 2010.

Une année, un commissaire chez
Action art actuel

St-Jean-sur-Richelieu

Québec

2011-12
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